« Conflit sous-acromial » : un terme à mettre au placard ?

Le diagnostic de conflit sous-acromial a longtemps été la raison supposée de la douleur d’épaule. Pourtant, la science a évolué. Voici pourquoi il est temps de tourner la page.

ARTICLE

Mickaël Tandéo

12/21/20253 min read

Le diagnostic de conflit sous-acromial a longtemps été la raison supposée de la douleur d’épaule. On imaginait le tendon du supra-épineux et la bourse frottant contre la voute sous-acromiale, comme si un « bec osseux » était la raison de ces symptômes. Cette vision mécanique, popularisée par Charles Neer dans les années 1970, est profondément ancrée dans les esprits – patients comme praticiens. Pourtant, la science a évolué. Voici pourquoi il est temps de tourner la page.

Un concept obsolète

Dès 2013, McFarland et collaborateurs soulignaient que la théorie de contact entre les tendons de la coiffe et l'acromion ne suffit pas à expliquer les changements dégénératifs observés dans la coiffe avec l'âge. Les auteurs rappellent que l’étiologie des lésions de la coiffe est multifactorielle : dégénérescence tendineuse, surcharges répétitives, facteurs vasculaires et génétiques ou encore modifications du métabolisme jouent un rôle plus important que de simples phénomènes de compression. Le rôle du frottement osseux est donc minime.

Ensuite, la chirurgie n’apporte pas de valeur ajoutée. Depuis 2018, plusieurs essais randomisés et contrôlés ont comparé l'acromioplastie à des traitements placébo ou à la rééducation. Résultat : aucune différence significative sur la douleur ou la fonction – la différence moyenne de l’Oxford Shoulder Score était de –1,3 points entre chirurgie et placebo. En 2020, Paavola et collaborateurs ont suivi plus de 200 patients sur cinq ans et arrivent aux mêmes conclusions : l’acromioplastie n’est pas supérieure à un placebo ou à la rééducation. Les auteurs de ce dernier recommandent d’abandonner le terme d’« épaule conflituelle » au profit de douleur d’origine sous-acromiale.

Une étiquette qui décourage

Le terme de conflit donne l’illusion qu’un os frotte sur un tendon. Des patients interrogés déclarent : « Si un morceau d’os gêne, aucun traitement kiné ne pourra l’enlever ». Cette croyance mène souvent à demander la chirurgie plus tôt et à moins adhérer aux exercices, alors que l’efficacité de la prise en charge active dépend en grande partie des attentes et de l’auto-efficacité des patients.

Vers une terminologie moins anxiogène

Face à cette incohérence, des experts comme Jeremy Lewis proposent de parler de “douleur liées à la coiffe des rotateurs ”. Ce terme englobe un continuum : tendinopathie de la coiffe, douleur sous-acromiale, bursite, ruptures partielles ou complètes. Il reconnaît l’origine multifactorielle de la douleur et recentre la prise en charge sur la rééducation active, l’éducation et la modification des facteurs psycho-sociaux.

Jared Powell, clinicien et chercheur australien, n’hésite pas à rajouter que : le conflit sous-acromial est « un terme intenable » et qu’il faut l’abandonner. L’évidence scientifique, dit-il, montre que la chirurgie n’est pas meilleure qu’un placebo et que les croyances du patient pèsent plus lourd que le relief de l’acromion.

En résumé

– Le mécanisme de frottement n’explique pas la plupart des lésions de la coiffe.
– Les acromioplasties n’offrent pas de bénéfice clinique supplémentaire.
– La terminologie « conflit » véhicule des croyances négatives.
– Douleurs liées à la coiffe des rotateurs ou douleur sous-acromiale sont des termes plus justes et centrés sur le patient.

En bref, la fin du « conflit » marque une avancée : elle libère les patients d’une étiquette anxiogène et nous pousse à proposer des traitements basés sur l’exercice, l’éducation et la prise en compte des facteurs psycho-sociaux. Il est temps d’adopter cette nouvelle terminologie et de laisser l’ancienne aux archives.

Bibliographie

Beard DJ, Rees JL, Cook JA, et al. Arthroscopic subacromial decompression for subacromial shoulder pain (CSAW): a multicentre, pragmatic, placebo-controlled randomised surgical trial. The Lancet. 2018;391(10118):329-338.

Lewis JS. Rotator cuff related shoulder pain: assessment, management and uncertainties. Manual Therapy. 2016;23:57-68.

McFarland EG, Maffulli N, Del Buono A, Murrell GAC, Garzon-Muvdi J, Petersen SA. Impingement is not impingement: the case for calling it “Rotator Cuff Disease”. Muscles Ligaments Tendons Journal. 2013;3(3):196-200.

Paavola M, Kanto K, Ranstam J, et al. Subacromial decompression versus diagnostic arthroscopy for shoulder impingement: a 5-year follow-up of a randomised, placebo surgery controlled clinical trial. British Journal of Sports Medicine. 2020;55(2):99-107.

Powell J. Subacromial impingement: is it time we finally abandoned the term? InMotion. Australian Physiotherapy Association. 2021.