Capsulite en 2026 : Quel consensus pour le diagnostic et la prise en charge ?

Ces dix dernières années, la littérature autour de la capsulite rétractile (ou "épaule gelée") s’est enrichie à un rythme soutenu. Entre les études sur les liens avec le diabète, les hypothèses métaboliques et héréditaires, il devenait difficile de s’y retrouver. C’est dans ce contexte qu’un groupe de quatorze experts internationaux a conduit une étude pour mettre à plat les données et établir un consensus sur les causes, les facteurs de risque, le diagnostic et le traitement de l’épaule gelée. Voici les principaux enseignements de ce travail.

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Mickaël Tandéo

12/21/20254 min read

Ces dix dernières années, la littérature autour de la capsulite rétractile (ou "épaule gelée") s’est enrichie à un rythme soutenu. Entre les études sur les liens avec le diabète, les hypothèses métaboliques et héréditaires, il devenait difficile de s’y retrouver. C’est dans ce contexte qu’un groupe de quatorze experts internationaux a conduit une étude pour mettre à plat les données et établir un consensus sur les causes, les facteurs de risque, le diagnostic et le traitement de l’épaule gelée. Voici les principaux enseignements de ce travail.

Étiologie : un cocktail multifactoriel :

La capsulite rétractile est désormais envisagée comme une pathologie inflammatoire-fibrosante à forte composante métabolique. Cette étude souligne que les principaux facteurs étiologiques incluent le diabète de type 1 ou 2, les troubles thyroïdiens, l’hyperlipidémie, les traumatismes ou interventions chirurgicales, l’immobilisation prolongée, les syndromes métaboliques et les affections du tissu conjonctif, confirmant que l’épaule gelée n’est généralement pas idiopathique.

Les experts considèrent aussi l’âge (40-60 ans), le sexe féminin, les antécédents de fractures ou de chirurgie, ainsi que des comorbidités comme l’hyperthyroïdie et la dyslipidémie comme des facteurs de risque importants. Un antécédent de capsulite controlatérale ou un contexte post-chirurgical sont à explorer dans l’anamnèse.

En revanche, des éléments psychosociaux tels que l’anxiété, la kinésiophobie et la dépression ne sont pas des causes directes, mais ils peuvent amplifier la perception de la douleur et de la raideur, influençant l’évolution et l’adhésion au traitement.

Cette vision holistique montre que la capsulite ne se résume pas à un conflit mécanique, et que le terrain métabolique et l’état psychologique doivent guider le raisonnement clinique. Intégrer ces dimensions dans la prise en charge est essentiel pour individualiser la réhabilitation et limiter la persistance des symptômes

Diagnostic : signes clés et pièges à éviter :

Le consensus liste quinze signes et symptômes comprenant :

  • Un début insidieux avec une douleur mal définie, présente au repos, exacerbé aux mouvements et à recrudescence nocturne.

  • Une raideur progressive dans les amplitudes active et passive notamment en rotation externe et abduction, détectée à l’examen comparatif.

Ces critères permettent de distinguer la capsulite d’autres causes de douleur d’épaule et de guider l’imagerie. L’imagerie (IRM ou échographie) n’est pas systématique sauf en cas de suspicion d’autres pathologies.

Prise en charge : adapter le traitement aux différents stades :

L’étude retient quelques recommandations de prise en charge, réparties selon trois stades évolutifs de la capsulite :

  1. Phase d’installation (douleur) : la douleur est dominante, la raideur débute. Les interventions visent à soulager la douleur en priorité et à préserver la mobilité. Cela peut inclure :
    Des anti-inflammatoires ou injections de corticoïdes (sous contrôle d’imagerie) afin de diminuer les symptômes et faciliter la poursuite du traitement.
    L’enseignement d’auto-exercices doux dans des amplitudes non irritables.
    Les techniques passives comme les massages ou les ultrasons ne sont pas soutenus par des preuves suffisantes.

  2. Phase de raideur (adhérence) : la douleur diminue mais la limitation de mouvement progresse :

    On introduit ou intensifie les exercices de mobilisation actives et passives, dans des amplitudes toujours tolérables

    Le travail de mobilité articulaire et la thérapie manuelle orientée vers l’augmentation du volume capsulaire sont appropriés.

    L’éducation sur la durée naturelle de la maladie et l’importance de l’adhésion au programme d’auto-traitement est essentielle.

  3. Phase de récupération : la mobilité revient progressivement :

    On mise sur le renforcement musculaire, le travail fonctionnel et la reprise des activités.

    La surveillance porte sur l’évolution de la douleur et la prévention des compensations cervicales ou scapulaires.

Parallèlement, les experts insistent sur l’importance du temps : la capsulite évolue sur 12 à 18 mois et peut durer jusqu’à deux ans. Les patients doivent être informés de cette temporalité pour éviter des interventions inutiles (manipulation sous anesthésie ou arthrolyse précoce) et ajuster leurs attentes.

Pour le clinicien : messages clés à retenir :

Évaluer et rassurer le patient régulièrement : L’irritabilité tissulaire doit être le fil rouge sur lequel s’appuyer afin d'adapter le traitement en fonction des stades d’évolution. Opter pour une communication ajustée et motivante, atténuera le catastrophisme et freinera les effets nocebo. L’autonomisation et la mise en place d’exercices au domicile

Reconnaître et savoir gérer les facteurs psycho-sociaux : Cette étude rappelle que l’impact psychologique de cette affection est majeur : la douleur et la raideur prolongées engendrent une fatigue émotionnelle pouvant se traduire par de la colère, voir du désespoir. Ces facteurs psychosociaux font partie intégrante des éléments qui influencent l’évolution et la prise en charge.

Accepter la dimension temporelle : Respecter la progression naturelle, rassurer le patient sur la trajectoire attendue et éviter les promesses irréalistes. La patience et la persévérance sont essentielles tant pour le thérapeute que pour le patient.

Bibliographie

Salamh P, Stoner B, Ruley N, et al. An international consensus on the etiology, risk factors, diagnosis and Management for individuals with Frozen Shoulder : a Delphi study. Journal of Manual and Manipulative Therapy. 2025 ;33(4) :309-320.